Le documentaire, un art d’avant-garde

 

Entre 1927 et 1933, en plein passage du muet au parlant, le cinéma documentaire connaît son premier âge d’or, éphémère certes mais dont surprend  l’extrême diversité comme la radicalité des propositions. Adossés aux avant-gardes artistiques de l’époque plutôt qu’à l’industrie naissante organisant de son côté une standardisation des pratiques en s’appuyant d’abord sur la fiction, les auteurs de ces films ne se disent pas documentaristes pour autant mais avant tout cinéastes, inventant eux aussi des personnages, composant même des romances pour mettre  en scène leurs visions, jouant avec la matière comme d’autres avec le feu sans vraiment se soucier d’objectivité, privilégiant au contraire un point de vue documenté par leur relation personnelle à la réalité. En raison de circonstances historiques précises, ces bonnes fréquentations entre geste documentaire et attitudes artistes n’ont pas duré, du moins jusqu’à leur réapparition au tournant des années 50 du côté de Jean Rouch et du cinéma direct, puis depuis 15 ans poussées par un état du monde et favorisées par de nouveaux outils d’enregistrement des images et des sons. Cette hypothèse du documentaire comme avant-garde et expérience artistique, nous avons demandé à Patrick Leboutte (essayiste, critique itinérant et compagnon de route de l’Eldorado) de nous la raconter à raison d’un rendez-vous quotidien, films et curiosités rares à l’appui, comme une façon de nous rafraîchir la mémoire et de ne jamais cesser de mettre le cinéma au centre de nos enjeux.

Lundi 14 novembre / 18h / cinéma Eldorado

– Jean-Louis Comolli, « Cinéma documentaire, fragments d’une histoire » (2014, 55´).
Conférence de Patrick Leboutte avec projection d’extraits (L’homme d’Aran, Finis Terrae)

Mardi 15 novembre / 18h / cinéma Eldorado
1927-1933 : du geste documentaire comme avant-garde, épisode 1.
– Jean Vigo, A propos de Nice (23´).
– De quelques Belges bord cadre : films sauvages d’Henri Storck, expérimentations artistes et fantaisies surréalistes

Mercredi 16 novembre / 18h / cinéma Eldorado

Sur la route… : quand le cinéma franchit les frontières
En lien avec le colloque International et Interdisciplinaire organisé par l’université de Bourgogne-France-Comté (Centre Interlangues, Texte, Image, Langage).
Le colloque Sur la route : quand le cinéma franchit les frontières est consacré non seulement au voyage comme élément scénaristique mais aussi à la notion de franchissement des frontières géographiques, esthétiques ou éthiques (transgression) qui peut accompagner celui-ci.

1. En quatrième vitesse (rouler)
Charles Dekeukeleire, Impatience (Belgique, 1928, 36′)
Carl Dreyer, Ils attrapèrent le bac (1947, 11′)
2. Éloge de la lenteur (marcher)
Abbas Kiarostami, le Pain et la rue (1970, 10′)
3. Sortie de route (jouer)
Jean Rouch, VW Voyou (25′)

Jeudi 17 novembre / 18h / cinéma Eldorado
Penser le spectateur (autour du film d’essai)
– Jean-Daniel Pollet, l’Ordre (1974, 42′)
– Edmond Bernhard, Dimanche (Belgique, 1963, 19′)
– Luc De Heusch, les Amis du plaisir ( Belgique, 1961, 28′)


Vendredi 18 novembre / 18h / Cinéma Eldorado

Rencontre avec Yvan Petit
Yvan Petit, cinéaste et monteur, vous présente deux de ses films en compagnie du critique de cinéma Patrick Leboutte
– Juste avant la guerre (2015, 50′)
« Un jour, j’ai commencé à filmer ma vie avec un téléphone-caméra basse définition. Les caméras ont évolué, mais pas la durée de vie des appareils. Tous les deux ans, je devais changer de téléphone et à chaque fois, l’image était plus nette, sans appel. Six ans et trois téléphones plus tard, je décide de raconter cette période de mon existence. » (Yvan Petit)
Autoportrait d’un cinéaste de province au bord de la crise de la quarantaine, qui tombe amoureux et qui tente de faire un film sur son père. Une crise qui va se manifester par un brusque besoin de retrouver un geste artisanal, une pratique archaïque du cinéma, comme un dernier geste enfantin.
– Les gros mots du baron, pamphlet anticapitaliste d’une minute réalisé avec son collectif Sans Canal fixe.
Pamphlet anticapitaliste de deux minutes réalisé avec son collectif Sans Canal fixe. La langue du capital, de la phynance, des libéraux comme langue d’une nouvelle occupation. Mot après mot, insidieusement, elle s’insinue, s’empare de l’espace public et finalement nous domestique. Cette langue, le collectif Sans Canal Fixe l’écoute et la filme sur les lieux mêmes de son élaboration, lors d’un congrès du Medef, puis d’un trait, d’un jet, la retourne à l’émetteur pour mieux en dénoncer l’inanité sonore. Pan! Cinéma-boomerang, cinéma de guérilla, cinéma pour temps de guerre.

 

Tarif : 4€ la séance
Pré-vente des places à l’accueil du cinéma
Séances organisées par l’Eldorado dans le cadre du festival Fenêtres Sur Courts

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